Souveraineté numérique des PME : par où commencer ?

Les GAFAM sont devenus des partenaires structurants pour la quasi-totalité des entreprises françaises.
66 % des groupes cotés en bourse dépendent de fournisseurs américains pour leurs services essentiels, selon une étude de l’éditeur suisse Proton publiée en 2025.
Les PME ne font pas exception : Google, Apple, Amazon et Microsoft occupent une place centrale dans la gestion de leurs opérations quotidiennes, à travers des outils de messagerie, de bureautique, des plateformes collaboratives, des services de stockage et d’hébergement.
Cette dépendance n’est pas le résultat d’un choix délibéré, mais découle le plus souvent d’une accumulation de décisions, prises au fil du temps afin de s’aligner sur les pratiques déjà adoptées par leurs clients, leurs partenaires ou leurs collaborateurs.
Aujourd’hui pourtant, des risques opérationnels très concrets mettent en évidence le besoin d’équilibrer la relation avec les acteurs leaders du marché :
L’entreprise est-elle dépendante d’un fournisseur en particulier ? L’activité peut-elle continuer en cas de rupture de service ? Les solutions choisies sont-elles soumises à des réglementations extra-territoriales ? Qui, dans ce cas, à la maîtrise des données de l’entreprise ?
Les experts d’Altinea vous éclairent sur les enjeux et les moyens pour renforcer la souveraineté numérique des PME.

Souveraineté numérique des PME : de quoi parle-t-on ?

La souveraineté numérique d’une entreprise désigne le contrôle qu’elle exerce sur ses données, ses outils informatiques et ses infrastructures.


Concrètement, cela signifie savoir où vos données sont stockées , contrôler qui y accède, de quelle façon et pour quelles raisons. À l’ère du SaaS (Software as a service), alors que le recours aux services en ligne est une pratique standard, la souveraineté numérique d’une PME se mesure aussi à sa capacité à garder le contrôle des données confiées à ses prestataires et à pouvoir en changer si nécessaire.
Pour votre entreprise, la souveraineté numérique est avant tout une question de gestion des risques. L’objectif n’est pas de se passer de fournisseurs externes, mais de conserver une maîtrise suffisante des outils essentiels à votre activité, afin de ne pas vous retrouver en position de faiblesse en cas d’incident, de hausse tarifaire ou de désaccord avec votre fournisseur.


On peut résumer cette idée en points clés :


Le contrôle des données : localisation, accès, chiffrement, journalisation.
L’autonomie vis-à-vis des solutions externes : réversibilité, technologies standards et ouvertes, migration facilitée.
La résilience opérationnelle : déploiement de plans de reprise et continuité d’activité (PRA/PCA), de sauvegardes, afin d’assurer la continuité d’activité en cas d’incident ou de coupure des services.

Qu'est-ce qu'une solution souveraine ?

Le terme « solution souveraine » recouvre lui aussi trois notions distinctes :


● l’origine juridique de l’éditeur ou du fournisseur,
● la localisation physique des serveurs où sont hébergées les données,
● le droit applicable à l’éditeur de la solution et aux données qu’il traite.

Par exemple, un logiciel développé en France par une entreprise française peut être hébergé sur des serveurs aux États-Unis. Les données traitées seraient alors soumises au droit américain, en vertu des conditions générales du contrat signé avec l’hébergeur.
L’enjeu est d’identifier l’aspect prioritaire pour votre entreprise : confidentialité des données traitées, respect des exigences contractuelles de vos clients, ou conformité au RGPD et aux réglementations européennes en matière de cybersécurité.

Pourquoi limiter votre dépendance aux grands éditeurs ?

Une entreprise dont le parc informatique repose principalement sur un éditeur s’expose à des risques juridiques et opérationnels.
Vous pouvez être soumis à une législation étrangère, parfois sans même le savoir et sans moyen de vous y soustraire. Sans contrôle sur vos outils métiers et vos données, le risque de coupure d’accès doit aussi être considéré.

Comprendre les risques liés aux lois extraterritoriales.

En juin 2025, Anton Carniaux, directeur juridique de Microsoft France, a déclaré devant le Sénat français, ne pas pouvoir garantir que les données françaises ne puissent jamais être demandées par les autorités américaines.
Des textes de loi américains comme le Cloud Act ou le FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act) permettent aux autorités d’exiger des entreprises américaines l’accès aux données qu’elles hébergent, même si leurs serveurs sont physiquement localisés en Europe. Cette incertitude juridique peut faire douter de la conformité de ces acteurs aux réglementations européennes, notamment au RGPD.

Les risques d’une dépendance excessive à un éditeur logiciel ou fournisseur de services.

La suite collaborative de Microsoft équipe près de 37% des PME et grands-groupes Français et près de 80 % du CAC 40.
Si votre système d’information repose sur les briques technologiques de cet éditeur (messagerie, bureautique, stockage, gestion des identités) vos processus métier ont été construits pour fonctionner dans cet écosystème. La transition vers les nouveaux outils risque aussi d’être moins aisée pour vos salariés.
Vos données peuvent aussi être stockées dans des formats spécifiques dits “propriétaires”, ce qui complique leur transfert vers d’autres solutions. Concrètement, il sera beaucoup plus compliqué de changer de fournisseur dans ces conditions. De plus, votre entreprise sera plus exposée aux risques d’interruption de service. En octobre 2025, deux pannes mondiales des leaders du cloud Amazon (AWS) et Microsoft Azure ont provoqué des latences, erreurs de connexion ou l’indisponibilité de plus de 8 millions de sites web.
Pendant plus de 8 heures, l’accès à des portails d’entreprises, des services de transport et des outils métiers a été fortement perturbé.

Migrer vers des solutions souveraines : quelles alternatives pour les PME ?

Des alternatives française et européennes

Des acteurs français et européens proposent des solutions très crédibles pour assurer la gestion courante des opérations en entreprise :


● Pour la messagerie et la collaboration, les suisses Infomaniak et Proton Mail sont tous reconnus pour leur politique stricte de confidentialité, et couvrent les besoins d’une PME.
● Pour la bureautique, … et le travail collaboratif, on peut citer OnlyOffice (Lettonie) et Nextcloud (Allemagne), deux solutions open source déjà largement adoptées, y compris dans le secteur public français.
● Pour le stockage et le partage sécurisé de vos fichiers, Oodrive est une entreprise française qualifiée SecNumCloud par l’Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI).
● Quant à l’hébergement dans le cloud, les leaders français OVHcloud et Scaleway, constituent les alternatives européennes les plus établies et reconnues face aux hyperscalers américains.

Des solutions open source

Les logiciels open source constituent une autre voie vers la souveraineté, en permettant une grande maîtrise des outils que vous utilisez.
Un code ouvert et facilement auditable, un déploiement sur-mesure, sur des serveurs entièrement maîtrisés par l’entreprise ou par un prestataire de confiance : l’open source favorise le partage et la transparence, afin que chacun puisse contrôler son environnement numérique.
Le gouvernement français a par exemple adopté cette philosophie, en déployant une suite bureautique open source à destination de ses fonctionnaires, comprenant des applications de traitement de texte, de visioconférence, de gestion des agendas et de partage de documents.
En entreprise, particulièrement en PME, cette approche est envisageable, à condition toutefois de vous appuyer sur un prestataire capable d’assurer le déploiement, la maintenance et les évolutions de vos outils open sources.

Des acteurs de confiance certifiés

Gardez à l’esprit que l’origine géographique d’un fournisseur ne fait pas tout. Les certifications permettent d’évaluer objectivement la fiabilité de votre fournisseur ou prestataire.
ISO 27001, reconnue internationalement, atteste de bonnes pratiques en matière de gestion de la cybersécurité. Un audit de conformité au RGPD assure que vos données, notamment personnelles, sont traitées dans le respect des réglementations.
Enfin, des labels reconnus comme le SecNumCloud délivré par l’ANSSI, traduisent un haut niveau d’exigence en matière de cybersécurité, de confidentialité et de souveraineté des données confiées au fournisseur.
Ce sont des indicateurs d’une volonté de protéger les données de l’entreprise et de respecter les normes et réglementations.
Choisir un prestataire sur la base de son origine géographique ne suffit pas à garantir la conformité au droit européen. Les certifications permettent de l’évaluer

Les limites des alternatives souveraines face aux écosystèmes leaders

Les solutions françaises et européennes présentent des avantages réels en matière de souveraineté et de conformité. Avant d’engager un projet de migration, il est utile d’en connaître aussi les contraintes.

Les alternatives souveraines sont généralement moins intégrées que les grandes plateformes. Ces dernières ont construit des écosystèmes unifiés où messagerie, stockage, visioconférence et bureautique fonctionnent nativement ensemble. Assembler plusieurs solutions indépendantes demande un effort de paramétrage et de maintien supplémentaire.

Un temps d’adaptation est à prévoir pour les collaborateurs. Prévoyez des formations, des ateliers et de la pédagogie, afin d’accompagner ces changements et de faciliter l’adoption de vos nouveaux outils.

Les solutions open source demandent davantage de ressources techniques pour leur administration et leur maintenance qu’un abonnement SaaS clé en main. Ne sous-estimez pas ce besoin et faites vous accompagner par un prestataire expérimenté.

Estimez les coûts de vos projets de migration. Si les éditeurs français et européens s’alignent généralement sur les tarifs du marché, c’est bien le coût de la migration qui devra être anticipé : manipulations techniques, adaptation des processus, formations des équipes techniques… Pour comparer sérieusement deux solutions, additionnez l’ensemble de ces coûts sur deux à trois ans. C’est ce qu’on appelle le coût total de possession, ou TCO. Le TCO de votre solution actuelle d’un côté, le TCO de la solution cible plus le coût de la migration de l’autre. C’est sur cette base que la comparaison a du sens.

Altinea vous accompagne dans le déploiement de solutions leader et open source

Nos équipes interviennent à chaque étape de la gestion de votre parc informatique d’entreprise : audit, maintenance des infrastructures, administration des postes de travail, sauvegarde et cybersécurité.
Pour renforcer la maîtrise de vos données et renforcer votre conformité au RGPD, nous disposons de deux datacenters certifiés ISO 27001 et HDS (capacité à héberger des données de santé), situés à Lyon et Besançon.
Vous souhaitez faire un point sur votre infrastructure et identifier les premières actions à engager pour réduire votre dépendance envers vos fournisseurs ? Contactez nos équipes.

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