Cybersécurité des collectivités : votre commune est-elle prête à faire face à une cyberattaque ?
es mairies, communautés de communes, syndicats intercommunaux et préfectures font partie des cibles les plus visées par les cybercriminels en France. Pourtant, beaucoup de collectivités abordent encore ce sujet comme une contrainte lointaine, réservée aux grandes villes dotées d’une DSI. La réalité est tout autre.
La résilience cyber d’une collectivité mesure sa capacité à continuer d’assurer ses missions de service public lorsqu’une cyberattaque perturbe son fonctionnement. Elle repose autant sur les outils de sécurité que sur la préparation des équipes, la protection des données et l’organisation de la reprise.
Lorsqu’un incident rend la messagerie, les logiciels métier, le serveur ou la téléphonie indisponibles, la commune doit pouvoir réagir rapidement. Qui prévenir ? Quels services maintenir en priorité ? Quelles données restaurer en premier ? Comment informer les administrés et les élus ?
Pour vous aider à évaluer concrètement votre préparation, nous avons organisé un webinaire de test de résilience cyber en live. À travers dix situations concrètes, les participants ont pu tester leur organisation en matière de prévention, de continuité et de reprise d’activité. Plusieurs collectivités y ont participé et les résultats ont été éclairants.
Pourquoi les collectivités sont-elles aussi exposées ?
Les communes gèrent des données sensibles en grande quantité : état civil, données sociales et familiales, informations fiscales, dossiers d’urbanisme, fichiers des agents et des administrés. Ces données intéressent les cybercriminels, que ce soit pour la revente, l’extorsion ou la perturbation de services publics.
À cela s’ajoute un environnement informatique souvent hétérogène : des logiciels métier anciens, des postes peu mis à jour, des accès mal maîtrisés, une dépendance forte à quelques applications critiques. Les petites communes, en particulier, ne disposent pas toujours d’un prestataire informatique attitré ni d’une procédure claire en cas d’incident.
Contrairement à une entreprise privée qui peut temporairement suspendre son activité, une collectivité doit continuer à assurer ses missions. Cette contrainte pousse parfois à céder aux demandes de rançon ou à reprendre trop vite un système compromis, ce qui aggrave les conséquences de l’attaque.
Réduire les risques avant l'attaque
Mises à jour et correctifs de sécurité
La première situation de notre test part d’une faille critique identifiée sur un logiciel métier utilisé par de nombreuses mairies. La question n’est pas uniquement de savoir si le correctif existe. La commune doit savoir qui surveille les vulnérabilités, qui est responsable du déploiement des mises à jour et comment vérifier que chaque poste concerné a bien reçu le correctif.
Dans une mairie, cela concerne aussi bien les postes des agents que les équipements réseau, les serveurs et les outils partagés entre plusieurs services. Une gestion supervisée et automatisée permet de réduire les interventions manuelles et d’éviter les équipements oubliés.
Protection contre le phishing
Dans un autre scénario de notre test, un agent de la mairie reçoit un email semblant provenir de la trésorerie générale, avec une pièce jointe frauduleuse. Ce type d’attaque est aujourd’hui rendu plus crédible par l’intelligence artificielle, qui permet de générer des messages parfaitement rédigés, contextualisés et sans faute d’orthographe.
Pour limiter les risques, plusieurs mesures doivent être combinées : un filtre anti-phishing, l’authentification multifacteur sur les comptes de messagerie et les outils sensibles, et une sensibilisation régulière des agents. Cette sensibilisation doit être complétée par une procédure simple permettant de signaler rapidement un message suspect au bon interlocuteur, que ce soit le prestataire informatique ou un référent interne.
Maîtrise des droits d'accès
Notre test aborde également le départ d’un agent susceptible d’emporter ou de supprimer des données. Pour prévenir ce risque, chaque agent ne doit accéder qu’aux ressources nécessaires à son poste. Les droits doivent être réévalués lors d’un changement de service et supprimés rapidement lors d’un départ.
Dans une collectivité, cela concerne aussi les comptes partagés entre plusieurs agents, les accès accordés aux prestataires extérieurs et les comptes d’administration qui ne doivent pas être utilisés pour les tâches courantes.
Protéger les données essentielles à la reprise
Identifier les données et services prioritaires
Lors de notre test en live, nous avons posé une question simple aux participants : pouvez-vous identifier, en moins de deux minutes, les données indispensables à la reprise de votre activité ?
Pour une commune, cette liste peut inclure les données d’état civil, les dossiers d’urbanisme en cours, la paie des agents, les délibérations du conseil municipal, les accès aux plateformes de l’État (Chorus, Hélios, Elise…) ou encore les coordonnées des élus et des prestataires. L’objectif est de répondre à cette question avant qu’un incident survienne, pas pendant.
Des sauvegardes réellement exploitables
Le scénario suivant de notre webinaire simulait le chiffrement simultané des postes de travail et du serveur de sauvegarde local. Si les sauvegardes restent connectées en permanence à l’environnement compromis, elles peuvent être touchées par la même attaque.
Pour une collectivité, cela signifie conserver au moins une copie externalisée, isolée ou hors connexion, idéalement hébergée en France dans un datacenter certifié. Il ne suffit pas de sauvegarder : encore faut-il tester régulièrement que ces sauvegardes sont réellement restaurables, dans un délai compatible avec la continuité du service public.
Maintenir les services pendant la crise
Prévoir un canal de communication alternatif
Que se passe-t-il si la messagerie de la mairie et le standard téléphonique deviennent indisponibles en même temps ? Sans canal indépendant de votre système d’information, la coordination entre les élus, les agents, le prestataire informatique et les autorités de tutelle devient très difficile.
Notre test a mis en évidence que beaucoup de collectivités n’ont pas de réponse à cette question. Prévoir des téléphones mobiles dédiés, une messagerie externe, un groupe de communication réservé à la cellule de crise, et conserver les coordonnées essentielles sur un support accessible en dehors de l’environnement touché sont des mesures simples à mettre en place avant un incident.
Fonctionner en mode dégradé
Notre test aborde également l’indisponibilité temporaire des équipements présents dans les locaux. Pour une mairie, cela peut signifier l’impossibilité d’accéder aux logiciels de gestion communale, aux outils de comptabilité ou aux plateformes de l’État.
Des solutions peuvent être anticipées : des postes de remplacement, des procédures manuelles documentées, des accès sécurisés à certains services en ligne. Ces solutions doivent être préparées et testées avant l’incident. Dans l’urgence, ne reconnectez pas un équipement sans avoir vérifié son état de sécurité. Une reprise trop rapide peut permettre à l’attaque de se poursuivre.
Définir l'ordre de reprise
Dans un scénario de notre webinaire, la remise en état complète de l’infrastructure nécessitait plusieurs semaines. L’enjeu n’est pas d’attendre la restauration totale avant de reprendre le travail, mais de définir à l’avance quels services remettre en fonctionnement en premier.
Pour une commune, cela peut signifier rétablir en priorité l’état civil, la gestion des urgences sociales, la paie des agents ou la communication avec les administrés, selon la période et la nature de l’attaque.
Gérer les conséquences
Notification et obligations légales
Lorsque des données personnelles d’administrés sont compromises, la collectivité doit savoir qui coordonne les démarches. La CNIL impose une notification dans les 72 heures lorsque la violation est susceptible d’engendrer un risque pour les droits et libertés des personnes. Les collectivités sont soumises au RGPD et doivent désigner un délégué à la protection des données (DPO), souvent mutualisé entre plusieurs communes.
En parallèle, tout incident cyber touchant une collectivité peut faire l’objet d’un signalement auprès de l’ANSSI et d’un dépôt de plainte. Le CERT-FR publie des alertes et traite les demandes d’assistance technique.
Communication de crise
Notre test invite les participants à vérifier s’ils disposent d’un plan de communication de crise. Pour une mairie, cela implique d’identifier à l’avance les personnes autorisées à communiquer au nom de la commune, de préparer des messages adaptés aux administrés, aux agents, aux élus et aux médias locaux, et de prévoir des canaux alternatifs si la messagerie est indisponible.
Pendant la crise, ne partagez que des informations vérifiées. Une communication maladroite ou contradictoire peut amplifier la défiance des administrés et compliquer la gestion de l’incident.
Par où commencer ?
Une première démarche peut être menée en cinq étapes.
Réaliser un état des lieux des équipements, des données, des applications et des accès présents dans la commune. Identifier les services qui doivent être rétablis en priorité. Corriger les faiblesses qui présentent les conséquences les plus importantes. Formaliser les rôles, les contacts et les procédures à suivre. Tester régulièrement les sauvegardes et les procédures de reprise.
Si lors de notre test vous auriez répondu “je ne sais pas” à plusieurs questions, vous avez déjà identifié un premier axe d’amélioration. Vous n’avez pas besoin de tout traiter simultanément. Commencez par les situations qui pourraient interrompre vos services essentiels.
Des dispositifs d’accompagnement existent pour les collectivités : le programme CaféSECU de l’ANSSI, les offres mutualisées proposées par certains SDIS ou syndicats informatiques départementaux, ou encore l’accompagnement d’un prestataire informatique de proximité qui connaît les contraintes spécifiques du secteur public local.
Passez de l'évaluation à l'action
La résilience cyber de votre commune ne dépend pas uniquement de vos outils de sécurité. Elle repose aussi sur la préparation de vos agents, la protection de vos sauvegardes, la maîtrise de vos accès et votre capacité à fonctionner temporairement en mode dégradé.
En identifiant vos priorités avant une cyberattaque, vous pourrez prendre des décisions plus rapidement, coordonner les intervenants et rétablir vos services essentiels dans un ordre défini.
Regardez le replay de notre webinaire pour réaliser le test complet de résilience cyber en live.
Vous avez identifié plusieurs points de fragilité ? Contactez-nous pour évaluer vos risques et construire un plan d’amélioration adapté à votre collectivité.



